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17 au 22 octobre 2006 : Voyage aux Etats -Unis

17 octobre 2006 : Washington, réception à l'Ambassade de France

Compte -rendu complet dans le bulletin N° 99.

Partis de Roissy vers 10 heures à bord d’un Boeing 777, nous atterrissons à Washington DC (qui signifie District Columbia) à 12 h 35 heure locale. Il fait 14° et il pleut. Arrivés à 15 heures à l’hôtel, nous avons deux heures pour nous « reconditionner » et nous préparer à notre première soirée américaine. Hubert et Françoise Perrottey, à New York depuis quelques jours, sont bien là. En revanche Yves et Marie-France Fernandez, en provenance de San Francisco, sont malheureusement privés de réception pour cause   d’arrivée tardive à Washington.

18 heures : sur le seuil de la résidence de notre ambassadeur, une demeure de style écossais, construite en 1910 et rachetée par la France en 1936, le Bagad de Lann-Bihoué donne, dès notre arrivée, le ton des célébrations du 225eanniversaire de la victoire de Yorktown. Reçus par Son Excellence Jean-David Levitte nous découvrons, émerveillés, ce haut-lieu de la politique franco-américaine.

Cette réception est aussi l’occasion de mieux faire connaissance avec les divers membres de notre délégation. Marie-Odile Réblé-Celdran, qui fait partie des Filles de la Révolution américaine, m’apprend qu’elle est une descendante directe d’un soldat du Royal Deux-Ponts qui a fait la campagne d’Amérique ! Son ancêtre, Jacob Reiblé, né le 13 mai 1759, s’était en effet engagé en janvier 1780 au Royal Deux- Ponts où il a servi jusqu’en juillet 1788 ! Une grande première pour notre amicale. Marie-Odile Réblé- Celdran, magistrat à la Chambre régionale des Comptes d’Alsace, devrait être des nôtres à notre prochaine assemblée générale. Nous pourrons ainsi fêter dignement cet exceptionnel recrutement !

Retour à l’ambassade. A la fin de la réception, cerise sur le gâteau, notre ambassadeur a l’amabilité de conduire personnellement une visite détaillée du rez-de-chaussée de sa résidence. Malgré la fatigue du voyage et le décalage horaire, chacun profite pleinement de la circonstance. 

De retour à l’hôtel à 21 h, nous constatons avec plaisir que la pluie a cessé. Dès lors la météo nous sera favorable. 

 

18 octobre 2006 : En route pour Williamsburg

Réveil 6 h, départ 9 h. plein sud pour un trajet de 320 km qui va nous conduire à Williamsburg. En cours de route, arrêt à Mount Vernon où se trouve la demeure et la sépulture de George Washington. Devenue un lieu de pèlerinage, la propriété, située aux bords du Potomac que l’on aperçoit en contrebas, témoigne de ce que fut la vie quotidienne du premier président des Etats-Unis.

Le soir, à Fort Eustis, base logistique de première importance, le banquet annuel du « Yorktown Day » nous permet de rencontrer les membres des 13 associations organisatrices, ainsi que des officiers de la frégate « De Grasse » venue représenter notre Marine aux diverses cérémonies. La Marseillaise et l’Hymne américain sont chantés par tous les participants. 

Particularité typiquement américaine, à 21 heures tout le monde se lève. C’est l’heure de partir. En quelques minutes la salle de réception se vide. Pas question de traîner devant un verre de bière ou une infusion…. Nous nous rattraperons à l’hôtel !

 

19 octobre 2006 : Yorktown Day

 Lever 5 h 30, départ 7 h pour une très longue journée.

Le cimetière français

Une épaisse brume ralentit la progression du car qui serpente dans une zone boisée située à l’ouest de Yorktown. Le cimetière français, en fait une tombe isolée au milieu d’une clairière, surgit devant nous, dans une ambiance feutrée, humide et fraîche. Quelques lambeaux de brume accrochés aux arbres renforcent cette atmosphère quelque peu mystérieuse qui prête au recueillement. Ici reposent les restes d’une cinquantaine de Français non identifiés tombés lors de la bataille. Nos emblèmes, déployés pour la première fois depuis notre arrivée sur le sol américain, apportent une touche de couleur dans cet environnement automnal. Le drapeau d’ordonnance du Royal Deux-Ponts, porté par Jean-Jacques Riou, attire tous les regards. Deux cents personnes formant un demi-cercle font face à la tombe. Parmi nous, un Saint-Cyrien en grand uniforme, le président du Souvenir Français aux Etats-Unis, des officiers français attachés à l’ambassade, une délégation de la ville de Port-Vendres jumelée avec Yorktown, des Français vivant sur la côte Est des Etats-Unis, quelques officiels américains, quelques figurants aussi, tous sont conscients de l’instant privilégié que nous allons partager. La cérémonie est sobre et digne, les hymnes nationaux sont chantés et l’aumônier du De Grasse appelle à la prière et au recueillement.

 

 

Le monument aux morts français

Nous prenons aussitôt après la direction du French Memorial, le monument aux morts français. Détachements d’honneur, musiques et figurants, les re-enactors, sont déjà en place. Hubert Perrottey prend le relais de Jean-Jacques Riou et assure à son tour le rôle de porte-drapeau. Un instant d’émotion pour moi : je rencontre enfin celui avec lequel je corresponds depuis cinq ans, John Welsh, qui habite dans la région de Seattle, sur la côte Ouest des Etats-Unis et qui interprète le rôle de Rochambeau !

Notre ministre de la Défense, arrivé en toute simplicité, écharpe au vent, évoque en français ces moments

historiques où l’amitié franco-américaine a pris racine. En voici quelques extraits :

« Dans le fracas des armes et dans le sang, dans le courage et par la volonté, dans l’abnégation, au nom de l’idéal, quelque chose est né ici. Sur ces terres vallonnées que survole l’esprit de Washington, de Lafayette et de tant d’autres combattants, ensemble nous avons écrit le premier chapitre de l’histoire moderne. La victoire de Yorktown n’est pas une victoire comme les autres.

[…] Ici, aux Etats-Unis, une idée a pris corps, celle de la liberté. Elle est notre référence commune, notre

héritage le plus précieux, notre bien en partage […]

[…] Le pacte de l’amitié scellé à Yorktown a toujours été respecté. Nos deux pays entendent toujours l’honorer […]

[…] Je forme le vœu que dans les combats à venir pour la paix, la justice, l’indépendance et la liberté, nous nous retrouvions toujours mieux côte à côte. Que vive donc et triomphe l’esprit des « Insurgents » de la guerre d ‘Indépenda

Un bain de foule bon enfant, des poignées de main souriantes, le soleil qui perce la brume, belle journée pour notre ministre !

Peu avant de reprendre le car pour rejoindre le point de départ du défilé, j’apprends que le re-enactor qui interprète le rôle du colonel d’Aboville, commandant de l’artillerie française à Yorktown, est un Français, Bernard Rieutord, ancien adjudant ayant servi au bureau des effectifs du 99eRI à Sathonay-Camp de 1975 à 1977 ! Installé au Canada depuis 1993, il a réussi à s’intégrer dans le milieu très fermé des re- enactors de la Brigade de la Révolution Américaine (BAR) où il s’est fait un nom en mettant en œuvre un canon Gribeauval, « un 4 livres » à l’aide de son fils et de 6 canonniers-bombardiers … Une belle histoire qui sera racontée dans le prochain bulletin ! Des souvenirs communs remontent à la surface, des noms sont évoqués ….un 2erenfort de qualité pour l’Amicale des anciens des 99eet 299eRI !

 

Le défilé

L’heure de la Grande Parade approche. Ouverte par une salve de coups de canon de l’époque, la Yorktown Day Parade est un des moments les plus populaires des festivités. Pendant près d’une heure et demie, nous allons défiler entre deux haies de spectateurs. Enfants des écoles de tous âges, musiques et fanfares, délégations des différents corps d’armée des Etats-Unis dont une délégation des cadets de West Point, porte-drapeaux des cinquante Etats américains, marins du De Grasse, bagad de Lann- Bihoué, délégations de régiments royaux (Saintonge, Royal Deux-Ponts, Royal Artillerie d’Auxonne etc.) formés de re-enactors venant des quatre coins des Etats-Unis, et bien sûr notre délégation constituée de Fils et de Filles de la Révolution américaine et des trois amicales régimentaires, bref nous sommes plus de 2000 à recueillir les applaudissements chaleureux des spectateurs massés tout au long du parcours, souvent vêtus de costumes d’époque. Bien identifiés grâce à nos emblèmes, et, pour les Lyonnais, par les foulards et écharpes aux couleurs du Royal Deux-Ponts, nous sommes surpris par les messages de sympathie adressés à la France et à nous-mêmes. Un grand moment de fierté.

 

Monument de l’Alliance et de la Victoire

Une cérémonie plus conventionnelle nous attend maintenant au pied du monument de l’Alliance et de la Victoire. Des officiels de toutes appartenances font échange de discours. Notre ministre de la Défense reprend en anglais son allocution du matin en l’étoffant de considérations plus actuelles, et le secrétaire d’Etat à l’Intérieur Dirk Kempthorne évoque à son tour les liens passés et présents. Puis, en ce haut lieu historique pour les Etats-Unis, se déroule une cérémonie de naturalisation avec présentation individuelle des impétrants, prestation de serment et prière. A méditer … 

Il est maintenant 13 h. Après un pique-nique rapide mais bienvenu, une bonne heure de temps libre nous permet, sous un agréable soleil, de parcourir les rues de Yorktown, de procéder à des achats dans les boutiques qui bordent la rivière York ou encore d’assister à des démonstrations de manœuvres militaires exécutées par des re-enactors à proximité du Visitor Center.

 

Inauguration de la W3R (Washington-Rochambeau Revolutionnary Route)

Retour au monument aux morts français pour inaugurer officiellement la route qui relie Newport (au nord de New York) à Yorktown selon l’itinéraire suivi il y a 225 ans par les troupes franco-américaines. Jalonnée de nombreux panneaux informatifs, s’étendant sur plus de 600 miles, soit 1000 kilomètres, traversant 10 Etats, la W3R va probablement devenir un élément majeur du tourisme de mémoire aux Etats-Unis. Les contacts avec les re-enactors sont toujours aussi chaleureux. John Welsh tient absolument à ce que je lui remette symboliquement notre drapeau du Royal Deux-Ponts. Les pauses photo devant le monument et les canons Gribeauval se multiplient. Ambiance joyeuse et amicale.

 

La Redoute 9

Le général Prat, président de l’Amicale Royal Auvergne et moi-même, en accord avec M. de Trentinian, tenons à saluer symboliquement l’attaque victorieuse menée par nos deux glorieux régiments, bien qu’aucune manifestation n’ait été prévue ce jour-là à cet endroit. Refusant de nous insérer dans le dispositif prévu le lendemain par les organisateurs pour honorer les troupes allemandes ayant participé au combat (Homage paid to German regiment, puisque tel est le titre paru le lendemain dans la presse locale), nous organisons spontanément un cérémonial, simple et authentique aux yeux des observateurs : appel des morts, hymne national a capella suivi d’ « Eugénie » chant nostalgique bien connu dont nous avons simplement substitué un mot – Mexique - par un autre - Amérique – pour la circonstance .… Que le Dieu de la guerre nous pardonne d’avoir dévoyé ce chant qui rappelle le départ du corps expéditionnaire français au Mexique en 1862 ! Circonstance atténuante, le 99eRI y était aussi. Alors …

 

Le dîner 

Pour parachever cette journée, il ne pouvait être porté meilleur témoignage de la force et de la sincérité de l’amitié franco-américaine, que le dîner auquel nous convia, en sa demeure de Williamsburg, le général John Nicholson, en charge des cimetières américains en Europe. La simplicité et la spontanéité de toute la famille nous ont tous beaucoup touchés. Une soirée qui se termina avec beaucoup d’émotion partagée, sans oublier l’incontournable « Eugénie » et un vigoureux « merci camarade, merci pour ce pot » très apprécié de notre hôte.

 

20 octobre 2006 : Visite de la base navale de Norfolk, hommage à l'amiral De Grasse

 

Départ 9 h 30. Une première cérémonie nous attend au collège William et Mary de Williamsburg qui avait servi d’hôpital aux troupes françaises pendant le siège de Yorktown. 124 combattants y moururent de leurs blessures dont 18 du Royal Deux-Ponts. Allocutions, dépôts de gerbe, sonneries, déplacement impeccable de la garde au drapeau américaine, l’accueil est toujours aussi chaleureux.

Deux heures plus tard, après un déjeuner express pris en cours de route, nous nous présentons à l’entrée de la base navale de Norfolk, port d’attache de la Flotte Atlantique (The Navy’s Atlantic Fleet). Plus grande base aéronautique navale de la côte Est des Etats-Unis, d’une superficie de 12 000 hectares, elle emploie 100 000 personnes au service de 130 navires et 45 escadrilles d’aéronefs. Nous apercevons au loin le De Grasse, mais l’objet de notre visite, autorisée la veille seulement par les autorités américaines, est un destroyer lance-missile DDG 81 l’USS « Winston Churchill » (32 officiers et 348 hommes et femmes d’équipage) qui nous est présenté sous ses aspects les plus variés.

 

Le journée se poursuit par notre participation à l’hommage rendu à l’amiral de Grasse dont la statue érigée à Fort Story (Old Cape Henry memorial) avoisine le site de la bataille navale de la Chesapeake que l’on peut contempler d’un promontoire tout proche. Parmi les autorités présentes, il faut citer le consul honoraire de France, le vice-amiral d’escadre Philippe Sautter, commandant la Force Française d’Action Navale et le vice-amiral d’escadre Fitzgerald commandant la IIe Flotte américaine. La cérémonie rassemble en outre une délégation du De Grasse, quatre sonneurs du Bagad, des officiers américains et quelques rares civils autorisés à pénétrer dans cette enceinte militaire. Ambiance très « marine » !

 

Le soir, le dîner organisé au Norfolk Yacht and Country Club célèbre 225 années d’alliance entre la France et les Etats-Unis d’Amérique. Un coucher de soleil somptueux, embrasant toute la marina, s’offre à nos regards. A l’intérieur, un accordéoniste interprète en sourdine quelques morceaux typiquement français. Encore une soirée réussie, avec la réserve déjà évoquée ! A notre retour à l’hôtel, le bar était encore ouvert….

 

21 octobre 2006 : Retour à Washington, visite de Richmond, Guston Hall, diner à Washington

 

Départ 8 h 15. La route de retour vers Washington nous permet de visiter rapidement Richmond, capitale de la Virginie et la maison de John Marshall, premier président de la Cour Suprême des Etats-Unis. Nous y retrouvons Mary Sisson, la sœur de Madame Nicholson et son mari Thomas, ancien attaché naval à Paris, qui ont organisé la visite de la demeure et prévu une collation très appréciée. Le général Nicholson, véritable sosie de l’acteur américain John Wayne, venu spécialement de Williamsburg pour nous saluer, nous remercie et nous souhaite un bon retour en France.

Un peu plus tard, une halte dans un quartier commercial de Richmond, le seul ouvert ce samedi, nous permet de déjeuner librement, chacun découvrant, quelquefois avec surprise, la « gastronomie » virginienne.

Dernière étape avant Washington : Gunston Hall, une ancienne plantation magnifiquement restaurée, située sur les bords du Potomac, qui nous donne un nouvel aperçu de la vie des riches fermiers de l’époque. C’est le moment choisi par les Sisson pour nous dire adieu. Un foulard du Royal Deux-Ponts, que j’ai eu le plaisir d’offrir à Mary Sisson au nom de toute la délégation, marque notre sympathie et notre gratitude à son égard.

Un dîner à Washington Harbor, quartier de Georgetown, termine agréablement notre cinquième soirée américaine. La fin du repas est mise à profit pour les remerciements d’usage. Devant les autres convives interloqués, nous décidons d’élever la voix une dernière fois, en commençant par un sonore « et par Saint-Georges, vive la cavalerie », puis par un « et par Saint-Michel, vive les paras » très enlevé et enfin par un « et par Saint-Maurice, vive l’infanterie » digne de la reine des batailles ! A la demande pressante des dames, nous interprétons une dernière fois « Eugénie » sous la conduite de Jean-François Deregnaucourt, à l’origine de ce choix et parfait maître de chant. Merci Jean-François.

 

Il est 21 h 30. Il faut hélas rentrer à l’hôtel car les valises nous attendent …

 

22 octobre 2006 : Visite du cimetière d'Arlington,la maison des Daugthers, la Maison Blanche, le  square Lafayette, et retour en France

L’horaire tardif de notre avion nous permet de disposer d’une bonne partie de la journée. La matinée est consacrée à la visite du cimetière national d’Arlington où sont enterrés 280 000 soldats américains et leurs familles. Nous poursuivons notre périple par le monument érigé à la mémoire des soldats morts à Iwo Jima, puis par le mémorial du Vietnam et ses 90 000 noms gravés et enfin par le mémorial de Corée, au réalisme saisissant. Pour compléter cette visite dédiée au Souvenir, nous découvrons de loin le tout nouveau mémorial dédié à l’Aviation de guerre américaine sous forme de deux immenses courbes qui montent en V vers le ciel.

Une courte halte à la gare ferroviaire de Washington et ses multiples stands de restauration rapide nous offre la possibilité  de reprendre quelques forces et de goûter une dernière fois au fast food américain.

 

Changement de décor en ce dimanche après-midi. Nous avons en effet le privilège de voir s’ouvrir spécialement pour nous la maison des Daughters (7), immense complexe avec sa bibliothèque généalogique de 140 000 volumes, sa salle de congrès de 3 800 places et son musée. Edifice situé à proximité de la Maison Blanche, impressionnant de puissance, il symbolise bien la force que représentent les 168 000 Daughters américaines. Une dernière photo de groupe met un point final à notre périple commun. Certains nous quittent déjà.

La Maison Blanche, le square Lafayette, le Capitole et The Washington Monument, un obélisque de 170 m, attirent nos derniers regards. Il est temps de saluer notre guide canadienne, Danielle, au langage fleuri et de prendre la direction de l’aéroport, cap vers la vieille Europe.

 

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