De l'avant-guerre aux années 60

 

 1- Le fonctionnement de l'Amicale :

 

Les compte-rendus de réunions, appartenant aux archives de l'Amicale, figurant dans les deux fichiers ci-dessous, couvrent une période s'étalant du 1er janvier 1938 au 15 octobre 1950.

L'Amicale des anciens combattants du 99e et du 299e R.I., dénommée ''Amicale et Entr'aide'' est fondée en 1920. Elle se réunit une fois par mois à son siège social sauf pendant la période estivale où les séances sont suspendues.

 

Ses activités sont rythmées par  l'organisation :

   - d'une commémoration, chaque 1er novembre, en mémoire des anciens des deux régiments "Morts pour la France" devant le Monument du Poilu au fort LAMOTHE (Lyon),

 

   - d'une messe annuelle en mémoire des disparus avec, pendant plusieurs années une homélie du père CHARAVAY, ancien aumônier du 99e R.I. durant la première Guerre mondiale,

 

   - de soirées-conférences thématiques (ex : en  février 1938 "l'Allemagne", "l'Europe centrale et l'Autriche" en septembre 1938 par le colonel ROUX, ancien chef de corps du 99e R.I.),

 

   - la participation à des manifestations ou des défilés patriotiques (11 novembre...) où le drapeau de l'Amicale figure en bonne place.

 

Elle gère une caisse de secours pour venir en aide à des anciens en difficulté (cf. ci-après le rapport moral de l'année 1941) et puise pour cela des ressources complémentaires dans l'organisation de concours réguliers de belotte*, banquets,  tombolas, bals ( notamment avec le "jazz du 99"), quêtes et ventes de charité. Une journée des familles fait aussi partie du programme des activités ainsi qu'un arbre de Noël** au profit des enfants des membres.

Durant le conflit, l'Amicale consacre la majeure partie de ses actions caritatives au soutien des soldats mobilisés puis des prisonniers par l'envoi régulier de colis.

 

Ces compte-rendus sont plutôt laconiques, centrés sur les actions menées et muets sur les éventuels  débats. C'est ainsi que les événements de la guerre sont à peine évoqués .

Sur ces années , nos archives détiennent aussi quelques rapports moraux (cf. fichier ci-après), très illustratifs des activités menées,  qui mettent à nu les questions qui agitent la société française de l'époque, sous influence du régime de Vichy  avec un impact moral très marqué  du maréchal PETAIN, le "vainqueur de Verdun", sur les anciens combattants.   

 

  2- Un apolitisme revendiqué...mais pas toujours respecté :

 

A plusieurs reprises, le président est conduit à rappeler cette mesure en vigueur dans le milieu associatif  mais cette règle édictée subit des distorsions remarquables. On peut ainsi citer : 

   - en février 1939, l'évocation en réunion de la loi protégeant les anciens combattants "dans leur droit au travail : loi obligeant à l'emploi des anciens combattants, loi limitant l'emploi des étrangers". Prémices d'orientations politiques futures ?

 

   - réunie en Assemblée générale le 13 octobre 1941, l'Amicale, au nom des anciens combattants des deux guerres, adresse au maréchal PETAIN le "serment" d'apporter "leur concours absolu et total". En décembre 1941, lecture est faite de la réponse du maréchal (document non retrouvé).

 

   - en avril 1941, monsieur DUMAS ( s'agit-il du lieutenant DUMAS de 14-18 dont la photo figure parmi les lieutenants du 99e R.I., cf. onglet organisation/personnel ?) invite "tous les camarades qui n'en feraient pas partie à adhérer à la Légion Française des Combattants*** pour grossir ses rangs et collaborer ainsi à l’œuvre entreprise de redressement par le maréchal PETAIN, Chef de l'Etat français".( A titre subsidiaire, observons qu'un an plus tard, en mai 1942, le président annonce la démission de DUMAS de ses fonctions de secrétaire général  et de sociétaire, sans qu'aucune explication ne soit relevée dans le procès-verbal de la réunion).

 

   - en décembre 1941, de nouveaux statuts "dressés en accord avec les prescriptions de la Légion des Combattants" sont adoptés en réunion.

 

   - un document particulièrement édifiant et éclairant, reflet des pensées du président HOFFMEISTER et intitulé "Ce qui nous reste à faire en 1940-1941" mérite d'être lu dans son intégralité (pages 15 à 18 fichier pdf ci-dessous "Rapports moraux 1939-1961"). Il partage et conforte les idées politiques et sociétales de l'époque et, s'égarant, va même jusqu'à proposer d'engager l'Amicale dans des actions de surveillance et de délation... L'histoire montrera les terribles exactions qui en résulteront lorsqu'elles seront mises en œuvre par des hommes et des organisations collaborationnistes et fascistes... Il est intéressant d'observer que le registre des anciens du 99e R.I. , établi par le colonel LACAZE (cf. onglet organisation/personnel), révèle le faible impact de ces idées dans l'engagement , durant le conflit, des personnels du régiment : quelques rares individus tout au plus (il en va d'ailleurs de même pour la Résistance, illustration du comportement général de la population française).

 

   - en octobre 1948, au cours de l'assemblée générale, le colonel LACAZE revenant sur le principe de neutralité défendu par l'Amicale dans le domaine politique et religieux évoque "les dangers actuels de  conflagration ou de politique générale et propose à ceux qui le désirent de les entretenir sur des sujets d’actualité en organisant des réunions privées". Le président rappelle alors fermement "qu'il croit bon de bannir de l'Amicale toute idée politique et religieuse pour conserver le caractère de camaraderie qui nous unissait pendant la guerre". L'assemblée approuve ce propos.

 

  3- Les relations avec les régiments :

 

Le soutien de l'arrière au profit des unités combattantes devient la première préoccupation de l'Amicale et les liens entretenus avec le 99e R.I. et son chef de corps, le colonel LACAZE, sont tout à fait excellentes. L'Amicale obtient même l'autorisation du Grand Quartier Général (G.Q.G.) de rendre visite, en Alsace, aux troupes déployées ( 1er trimestre 1940).

En contrepoint , les relations se dégradent notablement avec le chef de corps du 299e R.I., le LCL de DINECHIN, qui refuse à l'Amicale la possibilité d'effectuer une visite sur la zone de déploiement du régiment (cf. réunions des années 1939-1940).

Notons par ailleurs que l'Amicale s'implique , y compris financièrement, pour redonner au 99e R.I. un nouveau drapeau, en remplacement de l'emblème regrettablement brûlé à l'issue de la débâcle et fait de même au profit du 299 pour doter ses compagnies de fanions. Ces fanions sont parrainés par des personnalités de la région lyonnaise  : Mme HERRIOT - épouse du maire de Lyon, Mme BOLLAERT - épouse du préfet du Rhône, Mme ROLLET, Le Cardinal, le Pasteur, le Grand Rabbin, La Chambre de Commerce, Le Procureur et de nombreuses personnalités locales.

 

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CR Réunions du 01-02-1938 au 10-05-1942.
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CR Réunions du 12-06-1942 au 15-10-1950.
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Rapports moraux 1939-1961.pdf
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ndlr: * Orthographe qui prévaut à cette époque.

            ** Madame LACAZE, épouse du chef de corps de 1940, en devient l'âme motrice et fédératrice.

            *** La Légion Française des Combattants est créée en 1940 par le maréchal PETAIN pour rassembler les anciens combattants des deux guerres et disposer d'un relais politique. Elle est interdite en zone occupée mais se développe en zone libre. Son influence, liée à l'attachement au maréchal, est contrastée et finit par s'étioler face à la montée des mouvances et partis extrémistes. Même si on ne peut réfuter l'existence de relations, son histoire  ne doit pas être confondue avec la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (L.V.F.). Rappelons toutefois que c'est en son sein que Joseph DARNAND créa en 1942 des formations paramilitaires dites Service d'Ordre Légionnaire (S.O.L.) qui, en 1943, constituèrent l'embryon de la future Milice.